Éric de Rothschild : Un oligarque de la branche française d’une famille planétaire

 

 

À cheval entre le Tout-Paris mondain, les milieux d’affaires et la communauté juive, Éric de Rothschild s’est imposé, dans l’ombre du « roi David » (Capital, novembre 2003), son cousin, comme la principale personnalité d’un clan familial à propos duquel Martine Orange écrivait : « Par leur nom, leur histoire, par leurs liens familiaux, par leurs réseaux, par leurs engagements envers le judaïsme et la défense d’Israël, les Rothschild ont accès à un monde de la finance, aux grands noms du capitalisme international, inaccessible aux autres. Qu’ils se nomment : les portes s’ouvrent partout dans le monde. » (Rothschild, une banque au pouvoir, Albin Michel, 2012).

Né le 3 octobre 1940 à New York (États-Unis), Éric de Rothschild descend en ligne directe de Mayer-Anselme Rothschild (1744-1812) dont les cinq fils furent admis dans la noblesse autrichienne par diplôme du 25 mai 1817 et créés barons héréditaires par un autre diplôme de l’empereur d’Autriche du 22 septembre 1822, en raison des multiples services financiers rendus à la Sainte Alliance pour renverser Napoléon Ier, donc contre la France, ce qui explique qu’aucun texte ne les ait jamais autorisés à porter, en France, le titre de baron.

Il est le fils de Mary Chauvin du Treuil, née le 12 mai 1916 et décédée le 25 décembre 2013 à Paris, unie, le 25 janvier 1938, à Alain (né James Gustave Jules Alain) de Rothschild, né le 7 janvier 1910 à Paris VIIIe et décédé le 17 octobre 1982 à New York dans une suite de l’hôtel Regency. Ce dernier, associé à son frère Élie et son cousin Guy au sein de la banque Rothschild frères (1946-1967), a été vice-président de la Banque Rothschild jusqu’à sa nationalisation par la suite en 1981.

Alain de Rothschild dont L’Humanité rapportait, en 1976, les parties de chasse au Pamir (République soviétique du Tadjikistan) et en République populaire de Mongolie extérieure, fut maire de Chamant (Oise) de 1959 à 1981. Membre du Consistoire de Paris à partir de 1946, il en devint le président trois ans plus tard avant de prendre, en 1967, la présidence du Consistoire central israélite de France. Président du Comité d’action sociale israélite de Paris et d’Île-de-France (Casip) et président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) entre avril 1976 et 1982, celui qui avait été un des fondateurs de la conférence mondiale des synagogues après la guerre des Six Jours considérait que « l’État d’Israël, pour le juif, est devenu la réalisation de la parole divine… Depuis 2000 ans, le juif se tourne vers Jérusalem… Comment ne pas voir la main d’Elohim quand cette prière, trois fois millénaire est exaucée ? […] Ce sera le devoir de tous les juifs de veiller et de contribuer à la sécurité de l’État dont l’existence, qu’on le veuille ou non, conditionne la survie du judaïsme comme force spirituelle dans le monde. » (Le Juif de la cité, recueil de ses discours et de ses conférences, publié à titre posthume en 1984 par le Casip, préfacé par le grand rabbin Jacob Kaplan). À la fin de sa vie, Alain de Rothschild a pourtant dû faire face à la contestation de la mainmise des Rothschild sur la communauté juive de France par le Renouveau juif, mouvement animé par les frères Henri et Serge Hajdenberg avec le soutien du diplomate israélien Avi Primor, qui jugeait insuffisant le soutien des Rothschild à Israël (cf. David et Marianne : la raison et la passion, Freddy Eytan, Éditions Alain Moreau, 1986).

Le frère d’Éric de Rothschild, Robert, né le 14 avril 1947 à New York, est installé aux États-Unis et sa sœur Béatrice, née le 22 mai 1939 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), divorcée de l’éditeur Armand Angliviel de La Beaumelle (1929-1964), s’est remariée, le 29 juillet 1981, avec Pierre Rosenberg, historien d’art, conservateur général du patrimoine, président du Musée du Louvre (1994-2001) et académicien (élu en 1995 au fauteuil 23).

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Arbre généalogique simplifié de la famille Rothschild

« Je suis un mauvais juif, je ne fais pas tout ce que je devrais faire – qui peut se vanter d’accomplir toutes les mitsvoth ? – mais le judaïsme ne m’est pas étranger. J’ai bénéficié de l’enseignement du grand rabbin Meyer Jaïs », indiquait Éric de Rothschild à Tribune juive (26 janvier 1990) après avoir épousé civilement, le 21 décembre 1983, Donna Maria Béatrice Caracciolo di Forino, dessinatrice, née le 28 juillet 1955 à São Paulo (Brésil). Il faut dire que la question du mariage religieux avec cette « goya », issue d’une des plus vieilles familles ducales napolitaines, avait entraîné une importante querelle entre le Consistoire central et le Beth Din (tribunal rabbinique) de Paris, le grand rabbin Samuel Sirat ayant refusé d’effectuer la conversion pour cause de mariage que lui avait demandé son prédécesseur, le grand rabbin du Consistoire central Jacob Kaplan. Suite au refus parisien, ce dernier était intervenu auprès du Beth Din de Rabat, qui avait converti l’épouse (avec pour prénom Rachel Béatrice en lieu et place de Maria), avant de finalement célébrer l’office religieux, le 3 juillet 1985, à la Grande Synagogue de Paris. De leur union sont nés, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de- Seine), James, surnommé Jim (Tribune juive indique qu’il s’agit d’un dérivé de Jacob), le 7 décembre 1985, Pietro, le 21 mars 1991 et Saskia, le 29 avril 1987. Cette dernière collabore actuellement à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dans le cadre d’une étude sur l’apatridie. Passée par HEC et l’université Columbia (États-Unis), pigiste au New York Times, à la revue XXI, Vanity Fair, l’International Herald Tribune ou encore Libération, cette dernière, très sensible au sort des « réfugiés », a réalisé avec le photographe Benjamin Loyseau l’exposition « Talents en Exil, Réfugiés à Paris » place du Palais-Royal l’été dernier pour le compte de l’association Action Emploi Réfugiés fondée, en 2015, par Kavita Brahmbhatt et Diane Binder (déléguée générale de la Fondation France- Israël (2005-2006) et responsable du programme Europe-Afrique de l’influent Institut Aspen France jusqu’en 2015) avec les subsides de la mairie de Paris et du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Après des études au le lycée français de New York, Éric de Rothschild intègre la Hawtreys Preparatory School, une école anglaise, à son arrivée en Europe à l’âge de huit ans, avant de rejoindre le lycée Janson-de-Sailly à Paris. Diplômé de l’École polytechnique fédérale de Zurich, il commence sa carrière à la Société anonyme de gérance et d’armement (SAGA) contrôlée par sa famille, dont il sera plus tard le PDG. Comme son père avait fait carrière dans l’ombre de son cousin Guy, Éric de Rothschild a secondé, dans la relance de la banque suite à sa nationalisation en 1982, son cousin David, par ailleurs initiateur au début des années 2000 du club Entreprises et traditions, un réseau aussi discret qu’influent qui réunit, une fois par trimestre, une vingtaine de chefs d’entreprise et de dirigeants de la communauté juive, où il occupe les fonctions de président de l’Appel unifié juif de France (AUJF) et du Fonds social juif unifié (FSJU). Notons qu’avant la tonitruante nationalisation de février 1982, quatre filiales du groupe avaient discrètement été cédées à la Bank Leumi et que le Trésor avait par ailleurs versé 440 millions de francs d’indemnisation alors que la Banque Rothschild, selon la plupart des analystes, était au bord de l’effondrement. C’est Paris-Orléans (PO), la holding de tête des activités de la branche parisienne de la famille, dirigée depuis 1974 par Éric de Rothschild, qui servira de rampe de lancement au redémarrage des activités bancaires. Dès le mois de mai 1982, avec les soutiens des cousins britanniques (NM Rothschild) et de l’autre branche française (Compagnie financière Edmond de Rothschild domiciliée à Genève), est lancée PO Gestion, puis PO Banque en juin 1984, après le feu vert donné par Jacques Delors, aboutissement de l’intense lobbying opéré par Jacques Attali et Robert Badinter auprès de François Mitterrand. C’est avec l’arrivée de Jacques Chirac à Matignon et d’Édouard Balladur à Bercy que la famille obtient du Comité des établissements de crédit et des entreprises d’investissement d’utiliser le patronyme dans la raison sociale de l’établissement. Le 20 octobre 1986 est inauguré Rothschild & Associés, devenu, fin 1987, Rothschild & Cie : « Tout ce qui recèle des plus-values de cessions immédiates ou qui n’assure pas des revenus récurrents est écarté » rapporte Martine Orange.

« On vend rapidement des participations dans des entrepôts frigorifiques, des terrains dans Elf Gabon ou des sociétés minières pour se recentrer sur quelques lignes : la SGIM, Société immobilière d’économie mixte spécialisée dans le logement social détenu à 60 % au côté de la Ville de Paris ; le courtage d’assurance, à travers une entité dénommée la Siasi ; l’exploration pétrolière par l’intermédiaire de la Francarep ; et les vignobles […] Avec un art consommé, la famille va utiliser son prestige, son nom, sa renommée dans le vin pour faire venir des investisseurs. Ils apportent des fonds mais restent toujours minoritaires. Les montages s’enchaînent : les vignobles sont finalisés, puis repris, puis rouverts à des capitaux extérieurs, puis reviennent sous contrôle familial. “Les vignobles ont changé cinq fois de mains”, en rit encore Éric de Rothschild, qui reconnaît que les montages financiers l’amusent. »

À la tête de l’activité viticole de la branche française, Éric de Rothschild a remplacé son oncle Élie en 1974 comme gérant de Château Lafite Rothschild (acheté aux enchères par James de Rothschild en 1868). Challenges (1er février 2007) rapporte qu’il « gère Château Lafite (dont plusieurs autres membres de la famille sont actionnaires) et préside Domaine Barons de Rothschild (DBR), [qu’il est] propriétaire des châteaux Duhart-Milon, Rieussec (Sauternes), Aussières en Languedoc et copropriétaire, avec l’homme d’affaires belge Albert Frère, de Château L’Évangile. À ce chapelet de domaines prestigieux s’ajoutent deux investissements majeurs à l’étranger : une propriété au Chili, Los Vascos et la fameuse Quinta do Carmo, au Portugal. » En avril 2016, il confiait à IsraelValley, le site de la Chambre de commerce France-Israël :

« Je peux vous révéler que pour obtenir des grands vins, il ne faut ni plus ni moins que suivre les prescriptions de la cacherout. »

Au titre de ses seules propriétés de Pauillac, il figure, en 2016, à la 160e place du classement des plus grandes fortunes françaises du magazine Challenges avec 450 millions d’euros. Membre de la Commanderie du Bontemps, confrérie de 350 membres regroupant propriétaires ou négociants de la rive droite de la Gironde (Médoc, Graves, Sauternes et Barsac) dont le Grand Maître Emmanuel Cruse est copropriétaire du château d’Issan, Éric de Rothschild organise chaque année dans les caves du domaine du Château Lafite Rothschild la Left Bank Bordeaux Cup, un concours de dégustation opposant des équipes des plus grandes écoles du monde comme Yale, Oxford, Sciences Po, etc. Au sein de la Commanderie du Bontemps, il a par exemple parrainé, en 2008, l’intronisation de Martin Bouygues comme commandeur. Personnalité du Tout-Paris mondain, Éric de Rothschild a été coopté au Club des Cent en 2010 par Olivier Boespflug et Guy Wildenstein.

Outre ses activités viticoles, le « baron » est un personnage central du secteur bancaire et, s’il n’a pas le titre d’associé, il amène néanmoins ses propres clients et son adresse professionnelle est localisée au siège de la banque familiale, 3 rue de Messine dans le VIIIe arrondissement de Paris. En novembre 2003, Capital indiquait qu’il possédait 21,45 % des parts de Paris Orléans (contre 14,12 % à David de Rothschild), dont il préside depuis 2004 le conseil de surveillance. Paris-Orléans a absorbé, en avril 2012, la quasi-totalité des capitaux de Rothschild & Cie et de la holding Rothschild Continuation, devenue Rothschild & Co en avril 2015. Parallèlement, il est rentré au conseil d’administration de NM Rothschild en 1992, après la prise de contrôle progressive de la branche londonienne par celle de Paris. Signe de son influence au sein de la famille, il préside le comité de défense du patronyme Rothschild, qui avalise les projets des membres de la famille afin d’éviter toute utilisation abusive.

« Gardien du temple familial » (IsraëlValley, 8 avril 2016), Éric de Rothschild préside, depuis 1982, la Fondation de Rothschild, qui gère la maison de retraite et de gériatrie de la rue de Picpus (XIIe arrondissement de Paris). Cette institution où 80 % des résidants sont de confession juive sera frappée par un scandale sanitaire à la suite de la canicule de l’été 2003 (cf. « Poussée de fièvre à la fondation Rothschild », Le Monde, 27 octobre 2003). Outre ce « lieu de référence au sein de la communauté israélite » (ibid.), Éric de Rothschild a succédé à son père comme président du Comité d’action sociale israélite de Paris et d’Île-de- France (Casip), devenu, en 1998, Fondation Casip-Cojasor.

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Décembre 2015 : Caroline Fourest reçoit des mains d’Éric de Rothschild le Prix Lucien Caroubi du Casip-Cojasor, doté de 3 000 euros.

Depuis 1992, il siège au comité exécutif du Mémorial du martyr juif inconnu de la rue Geoffroy-l’Asnier. Comme président de l’Association du mémorial, il a été l’acteur central dans la mutation du mémorial, ayant présenté à Jean Tiberi, en novembre 1999, son projet d’extension, avec doublement de sa surface et la volonté d’en faire « une référence mondiale de la Shoah, […] un centre du souvenir, comparable en moyens au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem et au musée de l’Holocauste à Washington » (Le Figaro, 21 novembre 1999) avec une « allée des Justes » (inaugurée le 8 octobre 2000) et « mur des noms » (inauguré par Jacques Chirac, le 25 janvier 2005), le tout financé à hauteur de 50 % (soit 7 millions d’euros) par la Mairie de Paris. Depuis l’inauguration de l’agrandissement en 2005, il préside le Mémorial de la Shoah (financé à hauteur de 100 000 euros par an par la Mairie de Paris), où sont consultables les archives sur l’Occupation, la préfecture de Police de Paris ayant signé une convention, pour leur transfert, le 16 juin 2005 avec Éric de Rothschild, qui avait déjà obtenu le dépôt du « Fichier juif » par Jacques Chirac en personne le 5 décembre 1997.

Dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris s’est déroulé, le 6 octobre dernier, le gala de soutien au projet du Mémorial de la Shoah, à l’occasion de son soixantième anniversaire, avec pour invité d’honneur le ministre de la Culture Audrey Azoulay.

Depuis 2001, Éric de Rothschild est également vice-président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, créée en 2000, dotée du montant des spoliations établi à partir de l’évaluation de la mission d’étude dirigée par Jean Mattéoli (393 millions d’euros) et présidée par Simone Veil, puis, à partir de 2007 par son cousin David de Rothschild (conseillé par Serge Klarsfeld). En 2005, il a reçu le prix Scopus, décerné lors du gala annuel de l’association des Amis de l’université hébraïque de Jérusalem (dont il figure au comité d’honneur) puis a remis l’année suivante ce prix à Bernard-Henri Lévy. Il a également reçu, en juin 2013, le Prix Ben Gourion décerné par Les Amis francophones de l’Université Ben Gourion du Néguev. Membre de l’international board du Peres Center for Peace, il a rejoint, en 1998, le conseil d’administration de la Fondation de Jérusalem aux côtés d’Alain Minc, Jacques Attali, Roger Cukierman, Jean-Daniel Tordjman, etc.

Président d’honneur de la Grande Synagogue de Paris, Éric de Rothschild préside, depuis 1980, le Service de protection de la communauté juive (SPCJ). Le ministère de l’Intérieur collabore étroitement avec cette officine, dont les membres formés par des Israéliens (cf. The Jerusalem Post, 31 juillet 2014) assurent la sécurité des centres communautaires et qui évalue l’antisémitisme en France dans un rapport annuel publié depuis 2005. Les conclusions de ce rapport, dont il signe le préambule, font évidemment autorité auprès des pouvoirs publics et de la grande presse.

Figure incontournable de la communauté juive, il a récemment versé son obole pour l’entrée d’Alain Finkielkraut à l’Académie française, contribuant à réunir les 100 000 euros nécessaires au financement de l’uniforme, de l’épée et du cocktail, aux côtés de Patrick Drahi, François Pinault, Serge Weinberg ou encore Denis Olivennes. Avec Claude Bébéar, il siège par ailleurs au conseil de surveillance du fonds Business Angels des Cités, lancé par le franco-marocain Aziz Senni (actuel vice-président de la commission « dynamique entrepreneuriale » du Medef et membre fondateur de l’UDI) et Gilles Cahen-Salvador, qui permit, par exemple, le financement des entreprises de restauration rapide d’Adil El Barkaoui (Kool Halal et Mecca Pasta) ou encore du service de vente en ligne Medina Shop d’Abdellah Aboulharjan.

Éric de Rothschild figure de longue date dans le classement des 200 plus gros collectionneurs d’art vivants du mensuel américain ARTnews. Éclectique, son immense collection comprend des œuvres de Francis Bacon, Balthus, Andy Warhol, Lucien Freud, Mike Andrews, des sculptures d’Auguste Rodin ou encore des peintures italiennes du XVIIIe siècle. Il a récemment vendu aux États français et hollandais une paire de Rembrandt (les portraits de Maerten Soolmans et d’Oopjen Coppit) pour la bagatelle de 160 millions d’euros. Président d’honneur de la Fondation nationale des arts graphiques et plastiques (soutien à la production et à la diffusion de l’art contemporain), il en a été le président entre 1989 et 2015, avant de laisser sa place à Guillaume Cerutti, ancien inspecteur général des finances et président Europe, Russie, Moyen-Orient et Inde de Christie’s, la société de vente aux enchères londonienne dont Éric de Rothschild est administrateur.

Source :  faitsetdocuments.com.

Affaire de Montreuil : soutien à l’association Wanted Pedo

 

La coordination de la Citadelle soutient les actions de l’association Wanted Pedo dans le cadre des affaires de pédophilies qui secouent la ville de Montreuil depuis quelques mois.

Nous retranscrivons ci-dessous l’explication de cette affaire publié par Wanted Pedo :

 

AFFAIRE DE PÉDOPHILIE À MONTREUIL, LA VILLE DES «FAUSSES RUMEURS»

Grâce au web et aux réseaux sociaux, nous avons été informés de plusieurs cas d’abus sexuels sur mineurs qui ont touché la ville de Montreuil au début du mois de juillet.

Des membres de Wanted Pedo se sont rendus à l’école Louis Aragon le 8 novembre 2016 pour distribuer des tracts préventifs.

D’après le communiqué du 21 novembre de la mairie de Montreuil et le communiqué du 26 Novembre du FCPE ( Fédération des Conseils des Parents d’Élèves ), l’affaire de l’école Louis Aragon a été classée sans suite, comme celle de l’école Jules Ferry concernant le petit Caïs.

Avant que les familles ne reçoivent officiellement le classement sans suite, les institutions ont pris les devants en l’annonçant au public lors de réunions diverses.

Aujourd’hui, nous estimons qu’il est temps de faire un point sérieux sur cette affaire.

Il est tout de même étrange que toutes ces affaires soient classées sans suite en dépit du récit accablant des enfants.

Revenons un instant sur l’affaire du petit Caïs âgé de 3 ans. D’après la presse, il se pourrait que l’un de ses petits camarades lui ait introduit une voiture dans l’anus. Raison pour laquelle il était rentré chez lui les fesses en sang avec une déchirure anale.

Depuis quand des enfants de cet âge s’introduisent des objets dans les fesses pour jouer ?

Mais bon… même en admettant que cela puisse être possible dans le monde des bisounours, n’est-il pas nécessaire de s’interroger sur l’origine d’un geste aussi violent ? S’agit-il d’une situation déjà vue ou vécue par cet enfant ? Qu’en est-il des adultes employés à les surveiller ? Cette situation à certainement dû susciter des éclats de voix voire des pleurs par les enfants, pourtant personne n’a rien vu, ni entendu.

Sur le communiqué du FCPE publié le 26 novembre, nous pouvons lire : « Un autre collectif, Wanted Pedo, a distribué des tracts devant l’école Aragon le 8 novembre, et a harangué les parents présents en les enjoignant de retirer leurs enfants de cette école. Sur son site, ce collectif reprend largement les propos et vidéos du M-UDC (http://wanted-pedo.com/bis/tags/montreuil/) »

Ces propos tenus par le FCPE sont entièrement FAUX.

À noter que Wanted Pedo est une association régit par la loi 1901 et non un collectif.

Notre rôle est donc d’informer les citoyens, ce que nous avons fait.

Les dépliants ont été distribués très cordialement et sans un mot devant les enfants, au moyen d’un: – « Bonjour madame/monsieur, voici un dépliant d’information, bonne fin de journée. »

A cette occasion, une maman nous a dit :
– « je ne suis pas au courant, mon enfant est dans cette école, je ne savais pas, nous n’en parlons pas entre parents. ».

Nous lui avons donc conseillé d’échanger avec les autres parents et d’être attentive.

Il n’a jamais été question d’inciter les parents à retirer leurs enfants de l’école.

Par ailleurs, nous relayons toutes les affaires pédocriminelles se déroulant sur le territoire français et de ce fait, les vidéos du collectif UDC. Voir la carte de pédocrimalité Wanted Pedo : http://wanted-pedo.com/pedocriminalite/

Ainsi, nous ne tolérons pas les propos diffamants portés à notre encontre, surtout venant de la part des lâches qui n’assument pas leurs «responsabilités».

Des dépliants ont également été déposés dans les boîtes aux lettres de l’école, à l’accueil de la mairie de Montreuil, ainsi que dans la ville.

Ces dépliants préventifs étant distribués dans la France entière, c’est la première fois que des responsables d’école font preuves d’une telle malhonnêteté à notre égard.

Pourquoi cette tentative de discréditation sans même nous avoir rencontré ?

Lors de cette action préventive, il nous a été rapporté que la directrice de l’école ricanait face aux parents qui lui réclamaient des renseignements sur cette affaire.

Comment peut-on rire de ces actes odieux ?
Qu’y-a-t-il de si drôle ?

Un comportement volontairement adopté afin de jeter le discrédit sur cette affaire, avant même que l’enquête judiciaire ne soit close et malgré les témoignages très concordants des 4 enfants (agresseurs présumés, faits, lieux d’agressions, mobilier, etc.) de familles différentes qui ne se connaissaient pas jusqu’alors.

Une attitude neutre et respectueuse envers les familles aurait été plus appréciée !

Quels intérêts ces enfants auraient-ils à inventer de telles choses ! Aucun !
Quels intérêts les parents auraient-ils à inventer de telles choses ! Aucun !

En effet, les enfants évoquent des actes qui se sont produits durant des mois à l’intérieur et à l’extérieur de l’établissement scolaire. Et encore une fois, sans que personnes ne se rendent compte de rien…

Pas même la directrice qui, par son comportement, suscite de sérieuses questions.

Doit-on rappeler que la mission première des responsables d’établissements scolaires et de surveiller/protéger les enfants qui leur sont confiés?

Pourquoi vouloir faire passer les enfants pour des menteurs ? Pourquoi ne pas prendre en compte leurs témoignages ? Que cherche-t-on à cacher ?

Montreuil comme n’importe qu’elle autre ville n’est pas à l’abri de ces actes odieux.

Pour exemples voici quelques affaires de 2015-2016 impliquant des enseignants, professeurs, directeurs d’école et autres animateurs :

- http://wanted-pedo.com/…/ille-et-vilaine-l-ex-directeur-de…/
http://wanted-pedo.com/…/argenteuil-8-ans-de-prison-pour-l…/
http://wanted-pedo.com/…/nanterre-un-animateur-de-centre-a…/
http://wanted-pedo.com/…/cesson-lex-animateur-de-la-maison…/
http://wanted-pedo.com/…/justice-aux-assises-de-nantes-un-…/
http://wanted-pedo.com/…/pedo-pornographie-de-tres-nombreu…/
http://wanted-pedo.com/…/isere-villefontaine-lex-directeur…/
http://wanted-pedo.com/…/pedophilie-une-nouvelle-affaire-d…/
http://wanted-pedo.com/…/agressions-sexuelles-dans-un-centr…
http://wanted-pedo.com/…/haute-savoie-un-directeur-d-ecole…/

Et bien d’autres encore malheureusement …

Le FCPE ajoute : « L’UCL-FCPE de Montreuil condamne tous écrits ou paroles appelant la population à se substituer à la Justice, développant la théorie du complot, décrivant les écoles et centres de loisirs de Montreuil comme des lieux dangereux pour les enfants. »`

Ce message a pour objectif d’intimider les parents et de les dissuader de révéler la réalité des faits. Qu’en est-il de la liberté d’expression ?

Le FCPE a expressément indiqué l’école où 3 des 4 enfants victimes sont désormais scolarisés.
Cette information constitue une atteinte à leur intégrité physique et morale.

Par ailleurs Nathalie Baneux (FCPE), mentionne dans son communiqué : « un des deux animateurs accusés dans l’affaire Louis Aragon, est régulièrement suivi à son domicile insulté et menacé ».

Ces allégations sont fausses et infondées puisque dès le départ les familles ont opté pour une démarche juridique.

Néanmoins, Nathalie Baneux omet d’évoquer les menaces de mort proférées à l’égard des familles par l’un des 2 animateurs.
Ceci au sein même de la mairie, le jour de la réunion avec Michel Namura.

Sur le communiqué de la Mairie, nous pouvons lire : « Ces faits doivent interroger tous les Montreuillois sur celles et ceux qui alimentent directement et indirectement ces rumeurs, créant un trouble profond et compréhensible chez certains parents. Pourquoi salissent-ils ainsi notre ville et ceux qui la font vivre ? Quels sont leurs objectifs ? »

Ces rumeurs dites-vous ?

Aux UMJ de Bondy, un des enfants a été diagnostiqué positif au Gonocoque (certificat à l’appui).

Il s’agit d’une MST (Maladie sexuellement transmissible) qui ne peut se contracter qu’après un rapport sexuel. Il ne s’agit donc pas d’une fausse rumeur, mais bien de la réalité.

La mairie justifie cette infection par un simple contact avec l’eau de la piscine municipale.

Doit-on se baigner avec un préservatif dorénavant pour ne pas être contaminé?

Cette explication prêterait à sourire si l’affaire n’était pas aussi grave.

Face à des arguments aussi ridicules, nous pourrions également appeler ça « la théorie du complot CONTRE les familles ».

À vous de vous faire votre propre opinion.

Pour nous, il est fait, ces enfants n’ont pas fabulé, ils n’ont pas menti, nous serons leurs voix tant que ces criminels ne seront pas jugés comme il se doit !

C’est pour cela que Wanted Pedo s’est créée, car nous sommes des citoyens indignés de voir des criminels en liberté pendant que les victimes, elles, ne sont pas entendues, pire elles sont intimidées !

Pour rappel, en France, 95% des plaintes pour abus sexuels sur mineurs sont classées sans suite ou n’aboutissent pas à une condamnation. Il y a de quoi s’insurger.

Certains voudraient nous faire accepter l’inacceptable, comptez sur nous pour ne pas l’accepter.

Force aux victimes et à leurs familles qui affrontent ces épreuves avec dignité.

Ne rien dire c’est accepter, ne rien faire c’est cautionner !

Honneur, Force et Courage
L’équipe Wanted Pedo

Joseph Retinger (1888-1960) : L’Ombre de l’union Européenne

 

 

Dans le Panthéon du nouvel ordre mondial, des personnalités inconnues du grand public méritent une attention toute particulière. C’est le cas d’un être extraordinaire dont l’action a déterminé tout l’avenir de l’Occident. Cet homme, c’est Józef Retinger (1888-1960), défini par certains comme le « père d’ombre » de l’Europe.

Jeune émigré polonais en France et bénéficiant de l’appui du comte Zamoyski proche de sa famille paternelle, il fait des études à la Sorbonne et décroche un doctorat de lettres. Sa fréquentation de l’intelligentsia polonaise au début du XXe siècle à Paris lui permet d’entrer en contact avec le gratin littéraire et politique français. Par la suite, ses études le conduisent en Allemagne puis en Angleterre. Il intègre la London School of Economics (LSE). Créée en 1895 par la Société fabienne (Fabian Society) grâce à l’entremise de Sidney et Beatrice Webb et de l’écrivain George Bernard Shaw, cette école prône la synthèse de l’économie de marché et de l’économie planifiée. Depuis sa création, de nombreux députés travaillistes en sont membres. L’expression« troisième voie » utilisée par l’ancien Premier ministre Tony Blair est directement issue de cette matrice mondialiste.

Représentant le Conseil national polonais à Londres avant 1914, son entregent lui permet de nouer des liens durables avec Lord Arthur Balfour, Lionel Curtis et Phillip Kerr (fils spirituels de Cecil Rhodes), Chaim Weizmann (président de la Fédération sioniste et futur président de l’État d’Israël) ou encore avec le Premier Lord de l’Amirauté Winston Churchill. Véritable acrobate politique, cet internationaliste passe la décennie 1920 au Mexique. Il contribue à la promotion de politiciens mexicains comme Luis Negrete Morones et Plutarco Calles. Ce dernier, président du Mexique, joue un rôle infernal lors de la guerre des Cristeros (les Vendéens mexicains).

De retour en Angleterre à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il devient par la suite le bras droit du gouvernement polonais en exil dirigé par le général Sikorski, qui meurt fort opportunément, en juillet 1943, dans un accident d’avion à Gibraltar. En effet, des bruits couraient sur la volonté de ce général de prouver que les véritables auteurs du massacre des officiers polonais à Katyń étaient les Soviétiques et non les nazis.

Retinger, qui accompagnait toujours Sikorski lors de ses déplacements, n’était pas à ses côtés le jour de l’accident.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le jour de gloire de Retinger prend forme lors d’un discours prononcé le 7 mai 1946 à Chatham House, think tank de la politique étrangère britannique créé par son ami Lionel Curtis. Il défend le principe de l’unification politique du Vieux Continent. Dès lors, tout se précipite. En 1946, il est « l’initiateur », selon les termes officiels, de la Ligue européenne de coopération économique (LECE) se définissant comme « un groupe de pression intellectuelle ». Réunissant de nombreux responsables industriels et financiers, la LECE promeut l’intégration monétaire ou l’organisation des transports aboutissant à une Europe fédérée. Bénéficiant de relais nationaux, la LECE France fut présidée dès sa création par Edmond Giscard d’Estaing qui fut signataire des deux Déclarations de l’unité atlantique en 1954 et 1962.

Cherchant à fédérer les différents mouvements fédéralistes européens, Retinger organise le Congrès de la Haye en mai 1948 sous l’égide de W. Churchill. Il lance ainsi le processus de la construction européenne. Dans la foulée de ce congrès, le Mouvement européen est créé en octobre 1948 sous la présidence de Duncan Sandys, gendre de Winston Churchill. Ce mouvement joue un rôle important dans la création du Conseil de l’Europe et du Collège européen de Bruges (formation des futurs fonctionnaires de l’UE). Retinger pilote l’ensemble en étant le secrétaire général du mouvement tandis que son alter ego voit le jour aux États-Unis avec la création du Comité américain pour une Europe unie (ACUE) en janvier 1949. Les services secrets américains (OSS, devenu CIA) dirigent ce comité : William Donovan (signataire de la Déclaration pour l’unité atlantique en 1954), Allan Dulles et Thomas Braden . Précisons que l’ACUE finance largement le Mouvement européen. Enfin, Retinger parachève son action en créant le Bilderberg, qui voit le jour en 1954 et dont la finalité est le resserrement des liens euro-atlantiques.

Józef Retinger meurt à Londres d’un cancer des poumons en 1960. Il laisse derrière lui une « œuvre » qui explique largement la dissolution en cours des nations dans le parachèvement du marché transatlantique.

 Source : Pierre Hillard, « Chronique du Mondialisme »

Les Visages de l’Oligarchie : Cecil Rhodes (1853-1902)

Ce grand défenseur de l’Empire britannique émigre en Afrique australe où sa personnalité et ses qualités intellectuelles hors normes lui permettent de faire fortune dans le Diamant   . Il est à l’origine de la création de l’industrie diamantaire De Beers en liaison et avec l’appui de Nathaniel Mayer Rothschild (1840-1915). Sa fortune colossale lui ouvrant les portes de la colonie britannique, Cecil Rhodes pose les jalons permettant à l’Etat Sud-africain (dominion de l’Empire britannique) de prendre forme quelques années après sa mort en 1910.

Son influence financière et politique lui permet de contrôler des territoires à qui il donne son nom : la Rhodésie. Divisés plus tard en Rhodésie du Nord et Rhodésie du Sud, ces Etats sont devenus la Zambie et le Zimbabwe.

Cependant, sa grande idée coloniale est de réaliser une immense voie de chemin de fer partant du Cap jusqu’au Caire. Dans sa défense de l’Empire britannique, les voies de communications constituent un enjeu capital pour la mise en valeur des richesses de toute sorte. Le développement des voies de communications (sous toutes ces formes [1]) est le passage obligatoire pour le bon fonctionnement de tout Empire. Ce précepte est d’une très grande actualité en ce début de XXIè siècle [2]. Les voies de communications constituent les artères irriguant l’empire commercial et politique.

Au-delà du bon fonctionnement de l’Empire britannique, un idéal supérieur taraude Cecil Rhodes. En effet, convaincu de la supériorité de la « race » anglo-saxonne, il conçoit une politique afin d’assurer cette prééminence : l’union de tous les pays anglo-saxons ou, plus exactement, l’instauration d’un bloc réunissant l’Empire britannique et les Etats-Unis d’Amérique.

L’ensemble doit constituer pour lui le socle permettant la naissance d’un Etat mondial animé des principes et de la philosophie de l’aristocratie commerciale anglo-saxonne. Afin d’y parvenir, il estime nécessaire de recruter des personnalités supérieures au sein des universités qui, animées du même idéal, seront soutenues pour occuper les postes clefs et aussi divers que l’économie, la finance, l’armée, l’éducation, le renseignement ou encore le journalisme.

Ainsi, pareil à un corps d’armée, ces différentes personnes véritables jésuites du mondialisme convergeront vers le même but afin de former les esprits dans leurs pays respectifs tout en développant les structures politico-économiques conduisant à l’émergence de cet Etat commercial mondial . Dans son esprit, cette ambition titanesque et de très longue haleine passe par la création des « bourses d’études Cecil Rhodes » (Rhodes Scholarships).

Cecil Rhodes n’a pas eu le temps de voir la concrétisation de cet idéal de son vivant. Ce n’est qu’en 1904 que ses proches collaborateurs lancent les premières bourses d’études portant son nom à l’université d’Oxford. Le sociologue français, Auguste Comte, disait que « les morts gouvernent les vivants ». Cette formule peut largement s’appliquer à Cecil Rhodes.

Ses concepts ont forgé le monde du XXè siècle et du début XXIè siècle. Sans tous les citer, nous pouvons relever parmi les bénéficiaires des bourses d’études Cecil Rhodes : le Premier ministre australien Bob Hawke (1981/1993) ; James Wolsey, directeur de la CIA (1993/1995) ; Wesley Clarke, patron de l’OTAN au cours de la décennie 1990 et acteur majeur de la destruction de la Yougoslavie en mars 1999 ; le président Bill Clinton (promotion 1968) ou encore James William Fullbright (sénateur de l’Arkansas et grande figure de la politique états-unienne) [3].

[1] Le lancement en juillet 2009 d’un projet de panneaux solaires en Afrique du Nord et au Proche-Orient devant irriguer en énergie l’Europe se fait dans le cadre de « Desertec ». La branche allemande du Club de Rome, le centre aéronautique et aérospatial allemand et le prince Hassan bin Talal de Jordanie ont fortement contribué au projet. Indirectement, cette politique énergétique va contribuer à intégrer encore plus largement ces Etats Sud-méditerranéens à l’Union européenne et, dans la foulée, à l’axe euro-atlantique dans le cadre de l’interdépendance.

[2] C’est le cas du « Corridor de Nasco» avec l’émergence d’un bloc Nord-américain.

[3] Les bénéficiaires des bourses d’études Cecil Rhodes aux Etats-Unis , au Royaume-Uni, en Australie, en Afrique du Sud etc sont présentés sur les sites internet de ces différentes écoles.

La société sans pères ou le règne de narcisse

« La société a adopté, sans la moindre limite et sans le moindre contre-pouvoir, l’intégralité des valeurs féminines », estimait récemment le pédiatre Aldo Naouri. De cette féminisation témoignent déjà le primat de l’économie sur la politique, le primat de la consommation sur la production, le primat de la discussion sur la décision, le déclin de l’autorité au profit du « dialogue », mais aussi l’obsession de la protection de l’enfant (et la survalorisation de la parole de l’enfant), la mise sur la place publique de l’intimité et les confessions intimes de la « télé-réalité », la vogue de l’« humanitaire » et de la charité médiatique, l’accent mis constamment sur les problèmes de sexualité, de procréation et de santé, l’obsession du paraître, du vouloir-plaire et du soin de soi (mais aussi l’assimilation de la séduction masculine à la manipulation et au « harcèlement »), la féminisation de certaines professions (école, magistrature, psychologues, travailleurs sociaux), l’importance des métiers de la communication et des services, la diffusion des formes rondes dans l’industrie, la sacralisation du mariage d’amour (un oxymore), la vogue de l’idéologie victimaire, la multiplication des « cellules de soutien psychologique », le développement du marché de l’émotionnel et de l’apitoiement, la nouvelle conception de la justice qui fait d’elle un moyen, non plus de juger en toute équité, mais de faire droit à la douleur des victimes (pour leur permettre de « faire leur deuil » et de « se reconstruire »), la vogue de l’écologie et des « médecines douces », la généralisation des valeurs du marché, la déification du « couple » et des « problèmes de couple », le goût de la « transparence » et de la « mixité », sans oublier le téléphone portable comme substitut du cordon ombilical, la disparition progressive du mode impératif dans le langage courant, et enfin la globalisation elle-même, qui tend à instaurer un monde de flux et de reflux, sans frontières ni repères stables, un monde liquide et amniotique (la logique de la Mer est aussi celle de la Mère).

Après la pénible « culture raide » des années trente, tout n’a certes pas été négatif dans cette féminisation. Mais celle-ci verse désormais dans l’excès inverse. Plus encore qu’elle n’est synonyme de dévirilisation, elle débouche sur l’effacement symbolique du rôle du Père et sur l’indistinction des rôles sociaux masculin/féminin.

La généralisation du salariat et l’évolution de la société industrielle font aujourd’hui que les hommes n’ont tout simplement plus de temps à consacrer à leurs enfants. Le père a peu à peu été réduit à un rôle économique et administratif. Transformé en « papa », il tend à devenir un simple soutien affectif et sentimental, fournisseur de biens de consommation et exécuteur des volontés maternelles, en même temps qu’une assistante socialo-ménagère, aide-marmiton, changeur de couches et pousseur de caddies.

Or, le père symbolise la Loi, référent objectif qui s’élève au-dessus des subjectivités familiales. Alors que la mère exprime avant tout le monde des affects et des besoins, le père a pour rôle de couper le lien fusionnel entre l’enfant et sa mère. Instance tierce qui fait sortir l’enfant de la toute-puissance infantile et narcissique, il permet la rencontre de celui-ci avec son contexte social-historique, et lui permet de s’inscrire dans un monde et dans une durée. Il assure « la transmission de l’origine, du nom, de l’identité, de l’héritage culturel et de la tâche à poursuivre » (Philippe Forget). Faisant le pont entre la sphère familiale privée et la sphère publique, limitant le désir par la Loi, il s’avère par là indispensable à la construction de soi. Mais de nos jours, les pères tendent à devenir « des mères comme les autres ». « Ils veulent eux aussi être porteurs de l’Amour et non plus seulement de la Loi » (Eric Zemmour). Or, l’enfant sans père a le plus grand mal à accéder au monde symbolique. En quête d’un bien-être immédiat qui n’a pas à affronter la Loi, l’addiction à la marchandise devient tout naturellement son mode d’être.

Une autre caractéristique de la modernité tardive est l’indistinction des fonctions masculine et féminine, qui fait des parents des sujets flottants, égarés dans la confusion des rôles et le brouillage des repères. Les sexes sont des complémentaires antagonistes, ce qui veut dire qu’ils s’attirent et se combattent en même temps. L’indifférenciation sexuelle, recherchée dans l’espoir de pacifier les relations entre les sexes, aboutit à faire disparaître ces relations. Confondant identités sexuelles (il n’y en a que deux) et orientations sexuelles (il peut y en avoir une multitude), la revendication d’homoparentalité (qui enlève à l’enfant les moyens de nommer sa parentèle et nie l’importance de la filiation dans sa construction psychique) revient à demander à l’Etat qu’il fabrique des lois pour valider des moeurs, légaliser une pulsion ou donner une garantie institutionnelle au désir, ce qui n’est pas son rôle.

Paradoxalement, la privatisation de la famille est allée de pair avec son invasion par l’« appareil thérapeutique » des techniciens et des experts, conseillers et psychologues. Cette « colonisation du monde vécu » sous prétexte de rationalisation de la vie quotidienne a renforcé tout à la fois la médicalisation de l’existence, la déresponsabilisation des parents, et les capacités de surveillance et de contrôle disciplinaire de l’Etat. Dans une société considérée comme en dette perpétuelle vis-à-vis des individus, dans une république oscillant entre le mémoriel et le compassionnel, l’Etat-Providence, affairé à la gestion lacrymale des misères sociales par le biais d’une cléricature sanitaire et sécuritaire, s’est transformé en Etat maternel et maternant, hygiéniste, distributeur de messages de « soutien » à une société placée sous serre. C’est cette société dominée par le matriarcat marchand qui s’indigne aujourd’hui du virilisme « archaïque » des banlieues et s’étonne de se voir méprisée par lui.

Mais tout cela n’est évidemment que la forme extérieure du fait social, derrière lequel se dissimule la réalité des inégalités salariales et des femmes battues. La dureté, évacuée du discours public, revient avec d’autant plus de forces en coulisses, et la violence sociale se déchaîne sous l’horizon de l’empire du Bien. La féminisation des élites et la place prise par les femmes dans le monde du travail ne l’a pas rendu plus affectueux, plus tolérant, plus attentif à l’autre, mais seulement plus hypocrite.

La sphère du travail salarié obéit plus que jamais aux seules lois du marché, dont le but est d’accumuler à l’infini de lucratifs retours sur investissements. Le capitalisme, on le sait, a constamment encouragé les femmes à travailler afin d’exercer une pression à la baisse sur le salaire des hommes. A l’heure actuelle, 80 % des 3, 4 millions de personnes qui travaillent en France pour un salaire inférieur au Smic sont des femmes.

Toute société tend à manifester des dynamiques psychologiques qu’on peut aussi observer au niveau personnel. Au la fin du XIXe siècle régnait fréquemment l’hystérie, au début du XXe siècle la paranoïa. Dans les pays occidentaux, la pathologie la plus courante aujourd’hui semble être un narcissisme civilisationnel, qui se traduit notamment par l’infantilisation des agents, une existence immature, une anxiété conduisant souvent à la dépression. Chaque invidu se prend pour l’objet et la fin de tout, la recherche du Même prime sur le sens de la différence sexuelle, le rapport au temps se limite à l’immédiat. Le narcissisme engendre un fantasme d’auto-engendrement, dans un monde sans souvenirs ni promesses, où passé et futur sont pareillement rabattus sur un perpétuel présent et où chacun se prend soi-même pour l’objet de son désir, en prétendant échapper aux conséquences de ses actes. Société sans pères, société sans repères !

Alain de Benoist

Guerre Mondiale – Il est minuit moins cinq

Oui, nous croyons que la paix mondiale est en danger ! Car le refus hystérique des élites anglo-américaines (Wall Street et la City) de procéder à une mise en faillite ordonnée de leurs banques et institutions financières, les conduit aujourd’hui à une folie suicidaire que la plupart d’entre nous ont bien du mal à imaginer.

Depuis 2008, à part l’imposition d’une austérité mortifère contre les populations de la zone dollar/euro, comme le démontre la propagande à la Goebbels que nous subissons, c’est bien une politique de guerre qui est à l’ordre du jour.

Croyant à tort pouvant gagner une « guerre nucléaire limitée » contre la Russie ou la Chine, une oligarchie financière risque de conduire l’humanité tout entière à sa perte.

Et l’on voit bien que pour elle, l’Ukraine, la Syrie, la Corée du Nord ou l’instrumentalisation du terrorisme, ne sont qu’autant de prétextes d’un affrontement « géopolitique » global visant à soumettre les pays émergents du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

Afin d’empêcher que la situation dégénère en catastrophe nucléaire, c’est à nous de changer la donne.

 

Source: http://www.solidariteetprogres.org/danger-guerre-mondiale.html

Maxime Chaix – Comment l’Occident a contribué à créer l’« État Islamique »

 

 

Le site du magazine Foreign Policy vient de publier une enquête particulièrement instructive sur la rencontre qui a conduit à la séparation entre le Front al-Nosra – la branche syrienne d’al-Qaïda dirigée par Abou Mohammed al-Joulani –, et le réseau qui était alors connu sous le nom d’État Islamique en Irak (EII). Dans cet article, Foreign Policy nous détaille cette rencontre cruciale entre d’importants commandants jihadistes, dont Abou Bakr al-Baghdadi, qui était alors le leader de l’EII, et Abou Omar al-Shishani, le chef militaire de Daech qui a été tué par une frappe de l’U.S. Air Force en juillet 2016. Initialement, al-Shishani avait été formé par des instructeurs du Pentagone lorsqu’il combattait au sein des Forces spéciales géorgiennes en 2006, n’étant pas encore radicalisé. Décrit comme un « élève star » à cette époque, il avait combattu l’armée russe en 2008 lors du conflit en Ossétie du Sud. En 2013, avec les miliciens du mouvement jihadiste qu’il avait fondé, le Jaish al-Muhajireen wal-Ansar, il a joué un rôle déterminant dans la prise de la base aérienne de Menagh, au nord d’Alep – une « victoire hautement stratégique (…) ayant permis d’ouvrir un corridor pour l’opposition dans le Nord de la Syrie ». Il recevait alors ses ordres du colonel Okaidi, un commandant de l’Armée Syrienne Libre (ASL) soutenu par les États-Unis et la Grande-Bretagne qui, de son propre aveu, entretenait des relations « fraternelles » avec les extrémistes du Front al-Nosra et de l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL). Cette même année 2013, Abou Omar al-Shishani prêta allégeance à l’EIIL, s’imposant rapidement comme le « ministre de la guerre » de Daech. Comme nous le verrons, al-Shishani est loin d’être le seul combattant de cette organisation à avoir bénéficié d’un soutien occidental direct, du moins jusqu’en 2013.

Organisée en avril de cette même année, cette rencontre entre chefs jihadistes a lancé le processus de création de l’« État Islamique », qui fut décrété au mois de juin 2014 par son leader, Abou Bakr al-Baghdadi. Au plan symbolique, elle a conduit au changement de nom de l’EII, qui s’est alors rebaptisé l’EIIL (État Islamique en Irak et au Levant). Interrogé par Foreign Policy, un participant à cette rencontre – surnommé « Abou Ahmad » pour des raisons de sécurité –, décrit le fonctionnement interne de ces milices terroristes. Essentiellement, cet article nous indique que cette rencontre a abouti non pas à une scission entre ces deux organisations, mais à une véritable absorption des combattants, des cadres et des moyens militaires et logistiques du Front al-Nosra par l’EIIL d’al-Baghdadi au printemps 2013. Nous analyserons donc dans quelle mesure les opérations clandestines de la CIA et de ses alliés, dont les services français, ont alimenté dès 2012 la montée en puissance de l’EII au sein d’al-Nosra, donc de ce qui allait devenir l’EIIL en avril 2013, puis l’« État Islamique » en juin 2014.

Printemps 2013 : l’EII absorbe la majorité des moyens humains et militaires d’al-Nosra

Pour le lecteur averti, l’information la plus importante de cet article de Foreign Policy se trouve dans sa conclusion. En effet, lors de la séparation d’avril 2013 entre l’EII et le Front al-Nosra, une « large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas » leur leader Mohammed al-Joulani – le fondateur d’al-Nosra issu de l’EII, qui durant l’été 2011 avait été envoyé en Syrie par Abou Bakr al-Baghdadi pour y mener le jihad. Au contraire, ces combattants prêtèrent massivement allégeance à al-Baghdadi, se séparant du Front al-Nosra et constituant ce qui allait officiellement devenir l’« État Islamique » en juin 2014. Selon Foreign Policy, « le changement de l’EII vers l’EIIL signifiait que tous les groupes ou factions qui avaient rejoint l’EIIL perdraient leur nom. Pour le Front al-Nosra et son leader, Abou Mohammed al-Joulani, ce développement était un potentiel désastre ; il pouvait signifier la fin de leur influence dans le champ de bataille jihadiste le plus important au monde. Al-Joulani ordonna donc aux combattants d’al-Nosra de ne pas rejoindre l’EIIL, et d’attendre que [le numéro un d’al-Qaïda Ayman] al-Zawahiri se prononce sur qui devait diriger le jihad sur le théâtre de guerre syrien. Une large majorité de commandants et de combattants d’al-Nosra en Syrie ne suivirent pas [al-Joulani]. Lorsqu’Abou Ahmad visita Alep quelques semaines plus tard seulement, environ 90 % des combattants d’al-Nosra dans cette ville avaient déjà rejoint l’EIIL. Les nouveaux soldats de Baghdadi ordonnèrent aux quelques derniers loyalistes d’al-Nosra de quitter l’hôpital d’al-Oyoun, qui avait été jusqu’à présent la principale base d’al-Nosra dans cette ville. “Vous devez partir ; nous constituons al-dawla [l’État] et nous regroupons la vaste majorité des combattants” dirent-ils aux hommes d’al-Nosra, selon Abou Ahmad. “Donc ces quartiers généraux nous appartiennent.” Partout dans le Nord de la Syrie, l’EIIL s’empara des QG d’al-Nosra, des caches de munitions et des dépôts d’armes. Étonnamment, la branche d’al-Qaïda en Syrie devait soudain combattre pour sa survie. Une nouvelle époque démarrait – celle de l’État Islamique. »

Interrogé sur ces informations de Foreign Policy, l’expert de la Syrie Fabrice Balanche confirme leur exactitude, tout en précisant que « ces faits étaient connus à l’époque, mais plutôt du côté des spécialistes ». Selon lui, « entre avril 2013 et janvier 2014, la majorité du Front al-Nosra s’est rangée du côté de l’EIIL. Al-Joulani s’est donc retrouvé en minorité. Le rapport devait être d’un quart de combattants restant loyaux à al-Nosra, contre trois quarts se ralliant à l’EIIL. La majorité des combattants du groupe jihadiste étaient des étrangers, dont beaucoup d’Irakiens. Ils ont donc préféré al-Baghdadi. » D’après ce chercheur, qui travaille actuellement au Washington Institute, « al-Nosra en Syrie regroupait environ 20 000 combattants avant la scission d’avril 2013. Par conséquent, près de 15 000 auraient rejoint l’EIIL et 5 000 seraient restés combattre sous la bannière d’al-Nosra – même si ces chiffres sont approximatifs. Par la suite, al-Nosra s’est renforcé en s’alliant avec d’autres groupes syriens contre l’EIIL. Dans cette histoire complexe, il faut retenir que la guerre entre al-Nosra et l’EIIL fut particulièrement sanglante durant l’hiver 2013-2014. Elle a laissé des traces, ce qui empêche les deux groupes de joindre leurs efforts. » Également interrogé sur cette scission, le député socialiste Gérard Bapt précise que « l’EIIL a ensuite été soutenu par les services spéciaux du prince Bandar pour contrer l’influence des Frères Musulmans qui s’exprimait à travers le Front al-Nosra, une milice appuyée principalement par le Qatar et la Turquie. Les Saoudiens n’imaginaient probablement pas les conséquences d’un tel soutien, avec la proclamation désastreuse de l’État Islamique entre l’Irak et la Syrie en juin 2014. »

Les services secrets saoudiens et la CIA : du jihad afghan au takfir syrien

Rappelons alors qu’en juillet 2012, le prince Bandar était nommé à la tête des services spéciaux saoudiens, ce qui avait été analysé par la plupart des experts comme un signe de durcissement de la politique syrienne de l’Arabie saoudite. Surnommé « Bandar Bush » du fait de sa proximité avec la dynastie présidentielle du même nom, il était ambassadeur à Washington à l’époque des attaques du 11-Septembre. Depuis plusieurs années, cet homme intimement lié à la CIA est accusé par l’ancien sénateur de Floride d’avoir indirectement soutenu certains des pirates de l’air désignés coupables de ces attentats. Après qu’il fut écarté de son poste de chef des services spéciaux en avril 2014, le Guardian souligna que « Bandar avait dirigé les efforts saoudiens visant à mieux coordonner les livraisons d’armes aux rebelles combattant el-Assad en Syrie. Néanmoins, il a été critiqué pour avoir soutenu des groupes islamistes extrémistes, risquant ainsi le même “retour de bâton” que celui des combattants saoudiens d’Oussama ben Laden rentrant au pays après le jihad contre les Soviétiques en Afghanistan dans les années 1980 – une guerre sainte qui avait été autorisée officiellement. » Or, comme à l’époque du jihad afghan, la CIA et les services secrets saoudiens ont étroitement collaboré en Syrie, la grande proximité du prince Bandar avec l’Agence facilitant cette politique clandestine.

En réalité, les relations entre la CIA et les services saoudiens sont littéralement fusionnelles. Début 2016, le New York Times révéla que l’Arabie saoudite avait été « de loin » le principal financeur de la guerre secrète anti-Assad de la CIA, baptisée « opération Timber Sycamore ». Afin de renverser le gouvernement syrien, l’Agence a mobilisé « environ un milliard de dollars » chaque année depuis 2013, dans le cadre de ce que le Washington Post a décrit comme un « plus vaste effort de plusieurs milliards de dollars impliquant l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie », c’est-à-dire les trois États notoirement connus pour soutenir les factions extrémistes en Syrie. En d’autres termes, la CIA a facilité et coordonné dès janvier 2012 les opérations syriennes des services secrets de ces pays, essentiellement financées par les pétrodollars saoudiens. Comme des experts et des journalistes américains l’on expliqué à l’automne 2015, cette guerre secrète aurait pu aboutir au renversement de Bachar el-Assad, essentiellement du fait des pertes infligées à l’armée syrienne par les missiles TOW made in USA. En 2013, sous couvert d’équiper sa garde nationale et son armée de terre, l’Arabie saoudite avait acheté plus de 15 000 missiles TOW à la multinationale américaine Raytheon – soit un investissement de 1,1 milliard de dollars. En réalité, plusieurs milliers de missiles ont été distribués aux rebelles anti-Assad par différents services depuis les « MOC » (Military Operations Centers), des bases secrètes supervisées par la CIA en Turquie et en Jordanie.

Toujours selon le New York Times, « les efforts saoudiens [en Syrie] furent dirigés par le flamboyant prince Bandar ben Sultan, (…) qui demanda aux espions du royaume d’acheter des milliers [de mitrailleuses] AK-47 et des millions de munitions en Europe de l’Est pour les rebelles. La CIA a facilité certains [sic] de ces achats d’armements pour les Saoudiens, dont un vaste deal avec la Croatie en 2012. Durant l’été de cette même année, ces opérations semblaient être hors de contrôle à la frontière entre la Turquie et la Syrie, les nations du Golfe transmettant de l’argent et des armes à des factions rebelles – y compris à des groupes dont les hauts responsables américains craignaient qu’ils soient liés à des organisations extrémistes comme al-Qaïda. » En réalité, malgré ces craintes, la CIA coordonnait clandestinement depuis le mois de janvier 2012 au moins deux réseaux d’approvisionnement en armes financés par les pétromonarchies du Golfe et la Turquie : une série de livraisons aériennes depuis les Balkans, qui a récemment fait l’objet d’une enquête approfondie du BIRN et de l’OCCRP confirmant le rôle central de la CIA dans ce trafic d’armes illégal ; et une autre voie d’approvisionnement maritime depuis la Libye, selon les révélations jamais démenties du journaliste d’investigation Seymour Hersh. Concernant le trafic en provenance des Balkans, seuls cinq médias francophones ayant rapporté cette enquête sont recensés par Google Actualités. Et parmi eux, seuls Mediapart.fr et Bruxelles2.eu ont souligné la coresponsabilité des États-Unis dans ces opérations, contrairement à Liberation.fr, DirectMatin.fr, et LOpinion.fr – qui se sont contentés d’articles laconiques pour traiter ce sujet.

En juillet 2013, d’après le parlementaire britannique Lord Ashdown, ces opérations clandestines de la CIA et de ses partenaires avaient armé « presque exclusivement » les jihadistes du Front al-Nosra, qui incluait jusqu’au printemps 2013 l’EII d’al-Baghdadi. Bon connaisseur des Balkans, cet ancien Haut Représentant des Nations-Unies en Bosnie-Herzégovine confirmait ainsi les révélations du New York Times, qui nous avait informés en mars 2013 que les services spéciaux turcs, qataris, jordaniens, émiratis et saoudiens avaient introduit au moins 3 500 tonnes d’armements en Syrie depuis janvier 2012 avec l’aide discrète de la CIA – ce qui a considérablement renforcé la coalition Front al-Nosra/EII avant la séparation d’avril 2013. Et comme nous l’avons démontré, la majorité des combattants d’al-Nosra ont alors été absorbés par l’EII, qui s’est rebaptisé EIIL et qui s’est accaparé les principales ressources humaines, logistiques et militaires d’al-Nosra. Il est donc indéniable que ces politiques clandestines ont grandement encouragé le développement de ce qui allait devenir Daech en juin 2014, du moins sur le théâtre de guerre syrien. En Occident, le fait que si peu d’observateurs l’aient souligné semble être symptomatique d’une réticence collective à accepter que les réseaux d’al-Qaïda en Syrie furent massivement armés et soutenus par nos propres services spéciaux, et ce dans le but de renverser Bachar el-Assad. L’irrésistible montée en puissance de Daech est donc bel et bien une conséquence directe de cette stratégie, comme l’avait prédit le Renseignement militaire du Pentagone dès 2012.

La coresponsabilité des alliés occidentaux et israéliens de la CIA dans le chaos islamiste en Syrie

Bien qu’ils aient joué un rôle majeur dans ce désastre, la CIA et ses alliés turcs et pétromonarchiques n’en sont pas les seuls fautifs. Selon les magistrats de la Haute Cour criminelle britannique, les services spéciaux de Sa Majesté ont soutenu la coalition Front al-Nosra/EII, potentiellement pour le compte de la CIA afin que cette dernière puisse échapper à la supervision du Congrès. Depuis 2014, il est de notoriété publique qu’Israël soigne des combattants d’al-Nosra et, comme le grand reporter Robert Parry l’a souligné, Tsahal « a également mené des frappes aériennes en Syrie qui ont soutenu les avancées d’al-Nosra, ce qui a notamment impliqué l’élimination de conseillers du Hezbollah et de l’Iran qui aidaient le gouvernement syrien ». En décembre 2012, le ministre des Affaires étrangères français Laurent Fabius avait repris à son compte les arguments des alliés pétromonarchiques de la France, qui pensaient que le Front al-Nosra faisait du « bon boulot sur le terrain » alors que le Département d’État plaçait cette milice sur la liste onusienne des organisations terroristes – en contradiction avec la politique clandestine de la CIA et de ses partenaires. Cette déclaration stupéfiante, qui fut relayée par le journal Le Monde, n’avait pas été reprise dans la presse. Elle avait été prononcée par Laurent Fabius alors que l’EII faisait partie intégrante de ce réseau terroriste ce qui, manifestement, n’a été relevé par aucun observateur.

En mars 2016, le magazine Marianne a révélé que la direction de la prospective du Quai d’Orsay avait, dès octobre 2012, alerté le ministre des Affaires étrangères et l’Élysée sur le fait que l’Arabie saoudite et le Qatar finançaient les groupes jihadistes en Syrie. Dans une note qui fut ignorée par leur hiérarchie, ces experts soulignaient que le « piège [venait] du Golfe », et que « nous [risquions] d’y tomber ». Finalement, à partir de 2014, plusieurs députés de l’opposition ont affirmé que la France avait soutenu le Front al-Nosra. Interrogé sur cette question, le député Gérard Bapt confirme un « soutien clandestin de l’État français en faveur des différentes mouvances islamistes en Syrie, au regard de la porosité et de la proximité entre ces groupes alliés sur le terrain. Or, l’aide française aux rebelles en Syrie, et plus généralement le soutien occidental en leur faveur, se sont poursuivis y compris après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, pourtant revendiqués par al-Qaïda. »

Nous pouvons conclure de ces différentes révélations que les services secrets occidentaux et leurs partenaires régionaux ont, au moins jusqu’en 2013, massivement armé et soutenu la milice takfiriste qui allait devenir Daech l’année suivante, puisque l’EII et al-Nosra constituaient une seule et unique entité avant leur séparation d’avril 2013. Par conséquent, le Pentagone et ses alliés, qui incluent les forces aériennes françaises, sont en train de bombarder une organisation terroriste dont la CIA et ses partenaires ont grandement favorisé la montée en puissance en Syrie à partir de janvier 2012. Hélas, cette schizophrénie stratégique subsiste : depuis deux ans, nos armées sont engagées dans des opérations contre Daech à l’efficacité d’ailleurs contestable, alors que la CIA et ses alliés continuent de soutenir al-Qaïda pour renverser le gouvernement el-Assad. Or, selon un prestigieux think tank britannique cité par le Guardian en décembre dernier, « plus de la moitié des combattants rebelles en Syrie qui sont opposés au Président Bachar el-Assad sont favorables aux vues de l’État Islamique ». Dans ce même article, il est précisé que « si Daech est vaincu [en Irak et en Syrie], au moins 65 000 combattants appartenant à d’autres groupes salafistes-jihadistes sont prêts à prendre sa place ».

Ainsi, comme l’avait préconisé Michel Colomès en octobre 2015, il serait peut-être temps d’arrêter de « jouer les “bons” contre les “méchants” islamistes », une politique qui revient selon lui à « payer la corde qui nous pendra ». Et comme l’avait dénoncé la représentante au Congrès Tulsi Gabbard le 19 novembre 2015 – soit moins d’une semaine après les attentats de Paris –, « renverser le gouvernement syrien d’el-Assad est le but de Daech, d’al-Qaïda et d’autres groupes islamistes extrémistes. Nous ne devrions pas nous allier avec ces fanatiques en les aidant à remplir leur objectif, car cela est contraire aux intérêts sécuritaires des États-Unis et de la civilisation. » Quinze ans après le 11-Septembre, et dans un contexte de multiplication des attentats en Occident, ces arguments ne peuvent que remettre en cause l’impunité que la raison d’État légitime, et qui encourage des politiques échappant totalement aux contre-pouvoirs démocratiques.

Source : http://maximechaix.info/