Joseph Retinger (1888-1960) : L’Ombre de l’union Européenne

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Dans le Panthéon du nouvel ordre mondial, des personnalités inconnues du grand public méritent une attention toute particulière. C’est le cas d’un être extraordinaire dont l’action a déterminé tout l’avenir de l’Occident. Cet homme, c’est Józef Retinger (1888-1960), défini par certains comme le « père d’ombre » de l’Europe.

Jeune émigré polonais en France et bénéficiant de l’appui du comte Zamoyski proche de sa famille paternelle, il fait des études à la Sorbonne et décroche un doctorat de lettres. Sa fréquentation de l’intelligentsia polonaise au début du XXe siècle à Paris lui permet d’entrer en contact avec le gratin littéraire et politique français. Par la suite, ses études le conduisent en Allemagne puis en Angleterre. Il intègre la London School of Economics (LSE). Créée en 1895 par la Société fabienne (Fabian Society) grâce à l’entremise de Sidney et Beatrice Webb et de l’écrivain George Bernard Shaw, cette école prône la synthèse de l’économie de marché et de l’économie planifiée. Depuis sa création, de nombreux députés travaillistes en sont membres. L’expression« troisième voie » utilisée par l’ancien Premier ministre Tony Blair est directement issue de cette matrice mondialiste.

Représentant le Conseil national polonais à Londres avant 1914, son entregent lui permet de nouer des liens durables avec Lord Arthur Balfour, Lionel Curtis et Phillip Kerr (fils spirituels de Cecil Rhodes), Chaim Weizmann (président de la Fédération sioniste et futur président de l’État d’Israël) ou encore avec le Premier Lord de l’Amirauté Winston Churchill. Véritable acrobate politique, cet internationaliste passe la décennie 1920 au Mexique. Il contribue à la promotion de politiciens mexicains comme Luis Negrete Morones et Plutarco Calles. Ce dernier, président du Mexique, joue un rôle infernal lors de la guerre des Cristeros (les Vendéens mexicains).

De retour en Angleterre à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il devient par la suite le bras droit du gouvernement polonais en exil dirigé par le général Sikorski, qui meurt fort opportunément, en juillet 1943, dans un accident d’avion à Gibraltar. En effet, des bruits couraient sur la volonté de ce général de prouver que les véritables auteurs du massacre des officiers polonais à Katyń étaient les Soviétiques et non les nazis.

Retinger, qui accompagnait toujours Sikorski lors de ses déplacements, n’était pas à ses côtés le jour de l’accident.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le jour de gloire de Retinger prend forme lors d’un discours prononcé le 7 mai 1946 à Chatham House, think tank de la politique étrangère britannique créé par son ami Lionel Curtis. Il défend le principe de l’unification politique du Vieux Continent. Dès lors, tout se précipite. En 1946, il est « l’initiateur », selon les termes officiels, de la Ligue européenne de coopération économique (LECE) se définissant comme « un groupe de pression intellectuelle ». Réunissant de nombreux responsables industriels et financiers, la LECE promeut l’intégration monétaire ou l’organisation des transports aboutissant à une Europe fédérée. Bénéficiant de relais nationaux, la LECE France fut présidée dès sa création par Edmond Giscard d’Estaing qui fut signataire des deux Déclarations de l’unité atlantique en 1954 et 1962.

Cherchant à fédérer les différents mouvements fédéralistes européens, Retinger organise le Congrès de la Haye en mai 1948 sous l’égide de W. Churchill. Il lance ainsi le processus de la construction européenne. Dans la foulée de ce congrès, le Mouvement européen est créé en octobre 1948 sous la présidence de Duncan Sandys, gendre de Winston Churchill. Ce mouvement joue un rôle important dans la création du Conseil de l’Europe et du Collège européen de Bruges (formation des futurs fonctionnaires de l’UE). Retinger pilote l’ensemble en étant le secrétaire général du mouvement tandis que son alter ego voit le jour aux États-Unis avec la création du Comité américain pour une Europe unie (ACUE) en janvier 1949. Les services secrets américains (OSS, devenu CIA) dirigent ce comité : William Donovan (signataire de la Déclaration pour l’unité atlantique en 1954), Allan Dulles et Thomas Braden . Précisons que l’ACUE finance largement le Mouvement européen. Enfin, Retinger parachève son action en créant le Bilderberg, qui voit le jour en 1954 et dont la finalité est le resserrement des liens euro-atlantiques.

Józef Retinger meurt à Londres d’un cancer des poumons en 1960. Il laisse derrière lui une « œuvre » qui explique largement la dissolution en cours des nations dans le parachèvement du marché transatlantique.

 Source : Pierre Hillard, « Chronique du Mondialisme »

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